Lieu
Chinon, Indre-et-Loire
Date
En cours
Commanditaires
Yves Dauge, Sénateur de Chinon, Jean-Pierre Duvergne, Maire de Chinon, Marie-Michèle Esnard, Maire Adjoint à la Culture et au Patrimoine de la Ville de Chinon
Partenaires
Fondation de France, Ville de Chinon, L’Hôtel de la Monnaie
La commande
M. Duvshani, médecin d’origine juive vivant à Paris, a saisi la Ville de Chinon en 1997 à propos du massacre de la communauté juive de la ville en 1321, événement aucunement mentionné sur la signalétique informative qui ponctue cette ville labélisée « Ville d’Art et d’Histoire ». Pour que cette page douloureuse de l’histoire locale ne soit oubliée, M. Duvshani avait proposé l’installation d’une plaque commémorative ainsi que la création artistique à proximité du site où se sont déroulés les faits.
C’est avec le souci de préserver les origines citoyennes de la demande et de garantir la qualité artistique du projet, que le maire et son adjoint à la culture ont souhaité faire appel à l’action Nouveaux commanditaires pour l’étude et l’éventuelle réalisation de ce projet.
Compte tenu du sujet, très sensible voire controversé localement, et sur les conseils du médiateur, une étude historique pour approfondir sa connaissance a été réalisée préalablement. Ce travail de recherche a été confié à Anne-Holtmann-Mares, historienne spécialiste des communautés juives au Moyen-âge en France. Son étude a révélé avant tout l’importance de la communauté juive à Chinon et son rayonnement intellectuel au sein du monde judaïque de l’époque. Ces nouveaux éléments sont venus enrichir la réflexion sur le projet artistique en amplifiant la dimension du témoignage qui fut initialement centré sur le seul fait du massacre.
L’œuvre
Emmanuel Saulnier a accepté de répondre à la commande de la Ville de Chinon en appréhendant les plis si sensibles et douloureux de cette partie de son histoire.
L’œuvre conduit à la découverte des faits et des lieux qui embrassent la vie et la mort de cette communauté révélant son existence autant que sa disparition et ouvrant ainsi des voies autres pour l’appréhension de son histoire.
L’intervention artistique non seulement rend compte de l’épisode dramatique, le massacre de 1321, mais met aussi en lumière le rôle économique et l’aura intellectuelle des juifs de Chinon. La volonté de rendre hommage à cette communauté tragiquement disparue et à sa culture se matérialise en premier lieu par le choix d’un autre site pour l’installation de l’œuvre. Il s’agit de la Place de la Victoire, un site qui se distingue du lieu présumé du massacre et fait resurgir la présence de la communauté juive au coeur de la ville. Transposée ainsi dans cet espace de vie et d’activité spirituelles qui furent la marque de la communauté juive à Chinon au Moyen-âge, l’œuvre aspire à leur offrir une résonance renouvelée. Conformément à l’étude d’Emmanuel Saulnier réalisée en 2007, le projet artistique viendra s’intégrer au lieu comme une réminiscence qui remonte en surface :
« L’oeuvre que je conçois se déploie de façon circulaire, à l’entour de l’un des deux acacias, sur plusieurs mètres. Elle se situe au niveau même du sol actuel qui soclera son ensemble. Elle constitue son propre espace de fond, un sol clair, d´une seule et même matière ; une surface d´accueil unitaire et porteuse. Dessus viennent enchâssées cent soixante petits disques de bronze brillants, d’un ton or argenté, disposées de façon aléatoire – elles seront réalisées par la Monnaie de Paris.
Dee forme identique mais de deux tailles, cinq et douze centimètres de diamètre, ils constituent un ensemble libre et dansant. Sur chacun est gravé un motif traditionnel : une lune qui enclave une étoile à six branches. Venu du XIVème siècle, il est toujours évocateur. je l’ai repris pour cette raison.
Sans constituer un obstacle, un mur ou une pierre d’achoppement, l’œuvre, dans sa disposition, existe de façon plane et sereine. Elle fait ressurgir spatialement les présences disparues en une constellation de petits talismans qui affleurent au sol en une forme de lune.
Ainsi leur confère-t-elle une nouvelle aura et la reconnaissance actuelle d’une existence retrouvée, une pérennité et une place reconnue.
. » Emmanuel Saulnier