Syndicat des vins de chinon
Daniel Dewar & Grégory Gicquel

Lieu

Forteresse Royale de Chinon, Indre-et-Loire

date

débuté en 2010, abandonné en 2014

commanditaires

le syndicat des vins de Chinon, accompagné du personnel de la forteresse

Médiation

Éric Foucault

partenaires

Fondation de France, conseil général d’Indre-et-Loire, syndicat des vins de Chinon

le contexte de la commande

Juchée sur les hauts de Chinon, la Forteresse a semblé trop longtemps déconnectée de son environnement urbain et ses visiteurs repartaient souvent sans avoir passé un moment dans la ville. Le désir des élus de la Ville de Chinon et du Conseil général 37 est que le patrimoine architectural de la Forteresse rejoigne le patrimoine culturel de Chinon, manière également d’associer le noble et le populaire (entreprise chère à Rabelais). Les viticulteurs représentent incontestablement un chaînon important de l’identité de Chinon, ce lien pourrait donc être représenté par la viticulture. En mai 2010, alors que le nouveau bâtiment d’accueil était sur le point d’être terminé, le Conseil général a invité les membres du Syndicat des vins à venir visiter le site. Ensemble, ils se sont interrogés sur la manière de rendre présent le vin de Chinon. Ce qui leur semble important est de transmettre les valeurs du vin de Chinon, valeurs culturelles, responsables, éthiques, ainsi que l’aspect à la fois historique et moderne. Sans omettre la figure locale de Rabelais, duquel tous les vignerons se sentent les héritiers, humaniste et bon vivant, facétieux et ironique.

La Commande

Plutôt que de présenter leurs produits ou de mettre à disposition du public des prospectus, les viticulteurs pensent qu’un artiste pourrait répondre à leurs aspirations. L’art contemporain pourrait ainsi faire le lien entre passé (la Forteresse) et présent (la ville) tout en évoquant la philosophie de l’AOC de Chinon. Le Conseil général, propriétaire des lieux invite les viticulteurs à leur faire une proposition artistique. Ils ont ainsi fait le choix de la procédure des Nouveaux commanditaires en sollicitant Eternal Network. Sur une proposition d’Eternel Network, les artistes Daniel Dewar et Grégory Gicquel ont été choisis pour répondre à cette commande.

Le Projet

Comme une évidente illustration de la sculpture classique - un bronze sur un socle minéral -, la proposition de Daniel Dewar et Grégory Gicquel vient paisiblement et en toute légitimité s’installer dans un site hautement historique. La noblesse du bronze et la pierre de Chauvigny font échos aux vénérables pierres de la Forteresse et ses courbes moyenâgeuses.

Passant l’entrée de la Forteresse, le visiteur appréhende d’abord la forme longiligne d’un rang de vigne. De plus près, il voit que la vigne est étonnamment associée à une commode et à une moto. Les artistes ont choisi une commode de style Art Nouveau pour son esthétique empruntée au monde végétal. Ses lignes élégantes, ainsi que les courbes de la moto se transforment progressivement en vigne. Plus précisément, les pieds de la commode ou la fourche de la moto sont remplacés par des cèpes ; les décors du meuble et le moteur de la moto sont dessinés par des sarments, des feuilles et des grappes. Notons que la vigne représentée possède les caractéristiques propres au cabernet-franc. L’intention des artistes est de créer une œuvre entre scène de genre et nature morte. Cela se matérialise notamment par la présence au premier plan d’une paire de bottes de motard et d’un chien. Au même titre que la commode et la moto, ces éléments viennent perturber l’évocation pure du rang de vigne pour y ajouter des possibilités de narration. Comme souvent dans le travail de Daniel Dewar et Grégory Gicquel, des motifs sans liens apparents mais précis et facilement reconnaissables sont associés autant pour nous dérouter que pour ouvrir des champs d’interprétation multiples. Par ailleurs, les artistes créent un anachronisme, mêlant une architecture du moyen-âge, un meuble de la fin de XIXème siècle et un objet issu de la technologie contemporaine. Présenter cette sculpture dans la Forteresse royale de Chinon est un geste irrévérencieux qui ne manque pas d’audace.

En 2014, face à des complications administratives et le manque d’engouement de la part des élus du conseil général et de la Direction Régionale des Monuments Historiques, les commanditaires ont décidé de ne pas poursuivre l’aventure et d’abandonner le projet.