Les nuits noires

artistes

Eija Liisa Ahtila, Alfredo Jaar, Olivier Leroi, Claire-Lise Petitjean, Anri Sala, Pascale Marthine Tayou

lieu

lycée Descartes, Tours, Indre-et-Loire

date

8 > 10 décembre 2011

commissariat

Éric Foucault

conception du cycle des Nuits

Anastassia Makridou-Bretonneau

partenaires

Cette exposition bénéficie du soutien de la DRAC Centre, de la région Centre, de la ville de Tours et du conseil général d’Indre-et-Loire, ainsi que du concours du lycée Descartes, du pOlau, du Volapük, du MAC/VAL, de la galerie Kamel Mennour, de la Galeria Continua et de la galerie Marian Goodman.

l’exposition

Les nuits noires ne proposent pas un portrait de l’Afrique, mais des portraits de ce que le philosophe Edouard Glissant nommait un Tout-monde relationnel. Des artistes d’origines diverses nous y racontent un peu de l’Afrique et aussi d’eux-mêmes.

Ce Tout-monde – qui engage à préserver la diversité dans un monde globalisé – tient précisément à la diversité des points de vue dans l’exposition ; les artistes choisis sont étrangers ou expatriés d’Afrique et leurs histoires personnelles sont liées au déplacement d’une culture à l’autre. La Finlandaise Eija Liisa Ahtila réalise une composition vidéographique à partir d’une scène tournée en Afrique Australe ; Anri Sala, artiste Albanais, explore la complexité du langage Wolof au Sénégal ; Alfredo Jaar, artiste Chilien vivant aux Etats-Unis, rend hommage à la population d’Angola ; le Français Olivier Leroi invite des Maliens à faire tomber les premières neiges au Pays Dogon ; vivant en Belgique, le Camerounais Pascale Marthine Tayou évoque l’aliénation des pays à l’or noir ; la Française Claire-Lise Petitjean crée des personnages hybrides à la fois angevins et burkinabés. Les œuvres choisies abordent des sujets comme le monde post-colonial, le métissage, les déséquilibres économiques, les particularismes culturels ; elles témoignent d’un engagement politique, toujours sous-jacent, privilégiant tantôt la poésie, tantôt l’humour noir.

L’interpénétrabilité culturelle et linguistique rappelle que le monde est un mouvement ; le refus de toute fixité dont témoignent les artistes permet d’opposer “mondialisé” et mondialisation, Tout-monde et Chaos-monde. Trop souvent, on a tendance à parler de l’Afrique comme d’une globalité, d’un pays en soi. Or chaque région possède ses singularités qui elles-mêmes intègrent d’autres singularités que l’on peut rencontrer à des endroits différents du territoire africain. Le choix est ici de présenter des œuvres d’artistes qui se sont attachés à des détails, sortes de brèches dans leurs voyages africains, vécus ou fantasmés.

Il ne s’agit en effet pas d’une exposition thématique sur l’Afrique ou sur, par exemple, l’influence de l’occident ou la créolisation... Il s’agit plutôt d’un choix de Détails. Les mots d’Édouard Glissant expliquent ce parti pris où il n’est plus question d’aborder les choses en terme de civilisation ou d’identités territoriales : “Nous ne voyons plus le monde en manière grossière et projective : et par exemple, cinq continent, quatre races, plusieurs civilisations... et un avenir à peu près devinable. Nous entrons maintenant et au contraire dans un infini détail, et d’abord nous en convenons de partout la multiplicité, qui pour nous est indémêlable et sans prédiction.Il n’y a pas de grande civilisation, ou plutôt : la mesure même de ce qu’on appelle une civilisation cède à l’emmêlement et ces cultures en humanités, avoisinantes et impliquées. Leurs détails engendrent partout, de partout, la totalité. (...) Ces inextricables et ces inattendus désignent, avant même de les définir, la réalité ou le sens du Tout-monde.”

Après La première nuit organisée aux octrois de Tours en mai 2010, puis Les nuits d’après en décembre 2010, Eternal Network clôt son cycle nocturne avec Les nuits noires. Et cette nouvelle manifestation, qui met le continent africain à l’honneur, est accueillie par le lycée Descartes.

Les liens entre le lycée Descartes et Eternal Network remontent à onze ans quand le lycée a proposé à l’artiste Patrick Corillon de se pencher sur la mémoire de l’établissement. Ce projet, accompagné par Eternal Network en tant que médiateur de l’action Nouveaux commanditaires de la Fondation de France, a pris la forme d’un agenda scolaire distribué à l’ensemble des élèves et enseignants de la rentrée 2000-2001, La malle du lycée Descartes.

Le choix pour Les nuits noires, a été d’investir les espaces du lycée qui ne sont jamais traversés par les élèves : la cour d’honneur, un petit préau datant du XIXe siècle, ainsi qu’un modeste bâtiment paré d’une élégante marquise en verre. Pour l’occasion les élèves d’arts plastiques, accompagnés de leur enseignante, vont jouer le rôle du médiateur et guider les visiteurs. L’âme de Léopold Sédar Senghor (qui y a enseigné la grammaire) est encore présente au Lycée Descartes : l’auditorium qui accueillera la vidéo d’Alfredo Jaar porte son nom. Il est évident qu’à l’occasion des nuits noires de nouveaux liens seront tissés avec ce grand homme de lettre et poète sénégalais.

le projet pédagogique

L’exposition s’est construite en partenariat avec le lycée Descartes dans une perspective éducative à l’attention de l’ensemble des élèves d’arts plastiques. Les secondes ont réalisé une intervention graphique sur la représentation - réaliste, idéale, scientifique, anecdotique - du blanc et du noir ; ils ont également aidé au montage et réalisé un reportage sur l’ensemble de l’opération. Les premières et les terminales se sont attaché à la médiation pour guider les visiteurs ; ils travaillent également à l’élaboration d’une édition sur l’exposition, découvrant les différentes phases de réalisation d’une brochure (photos, textes, montage, graphisme, impression).