Les jardins Saint-Lazare
Quand Même


IMAGES :

À propos de l'artiste :


Lieu

quartier Febvotte, Tours

Date

2014 > 2018

Les commanditaires

Les membres de l’association Jardins Saint-Lazare, habitants du quartier : Jean-Antoine et Liliane BOURBON, Olivier CHEMINARD, Bénédicte FLORIN, Pascal GARRET, Dominique THOMAS, Martine TOLOCHARD.

Médiation

Éric Foucault, Eternal Network

Partenaires

Fondation de France (action Nouveaux commanditaires) et Ville de Tours

Le contexte de la commande

Un patrimoine vert unique à Tours
Couvrant une superficie d’environ 7 500 m2 le long de la rue du chemin de fer, les jardins Saint-Lazare sont actuellement entretenus par une vingtaine de jardiniers, riverains et habitants du quartier. Vestiges d’une époque où les cheminots qui habitaient là cultivaient les jardins ouvriers de la SNCF, ces parcelles familiales sont les seules qui subsistent actuellement dans la cité, Loire et Cher. Propriétaire de cette emprise foncière depuis quelques dizaines d’années, la Ville de Tours envisage, en 2010, dans son projet de PLU, de se réapproprier cet espace pour y construire un linéaire de logements. Au printemps 2011, de nombreux riverains et habitants du quartier, ne se résignant pas à cette disparition programmée des jardins se mobilisent, multipliant les initiatives pour que soit préservé cet îlot vert (réunions publiques, consultation des habitants, rencontres avec les élus concernés). Accompagnée sur le terrain par certains élus, relayée efficacement par la presse et la TV locales, cette mobilisation aboutit en juin 2011 à la modification du PLU. Soumise au vote du Conseil Municipal, la modification est adoptée, le projet de construction abandonné, les différents protagonistes s’accordant sur la nécessité de réaménager à terme la « bande verte » ainsi sauvegardée.

Un quartier en quête de convivialité
Dépourvu de place, de parc et de salle susceptibles d’accueillir événements et manifestations à caractère associatif et/ou festif, le quartier souffre d’un manque notoire de lieux, d’occasions d’échange et de convivialité (situation aggravée par la disparition presque totale des commerces de proximité, encore nombreux il y a une vingtaine d’années). À cet égard, la reconfiguration des jardins Saint-Lazare apparaît comme une opportunité unique d’impulser une dynamique nouvelle à ce secteur de la ville où les liens sociaux se sont délités inexorablement au fil du temps.

Le choix d’une démarche participative et d’intérêt collectif
À plusieurs reprises depuis juin 2011, les membres du « collectif Saint-Lazare » ont pu rencontrer les élus et responsables des services municipaux concernés afin d’évoquer la valorisation et les aménagements futurs dont l’îlot Saint-Lazare pourrait faire l’objet, dans le respect de son identité et au plus près des attentes formulées par les habitants. Désireux de faire appel au regard et à la créativité d’artistes contemporains, le collectif des jardins Saint-Lazare a sollicité Éric Foucault, directeur d’Eternal Network et médiateur de l’action Nouveaux commanditaires de la Fondation de France. Celui-ci leur propose de travailler avec James Bouquard et Pierre-Yves Péré, respectivement paysagiste-scénographe et architecte de l’agence Quand même.

La commande

Conforter l’identité patrimoniale du site
- Valoriser la biodiversité, l’aspect naturel et le « désordre » poétique du lieu.
- Conserver, voire utiliser les éléments patrimoniaux qu’il recèle (puits à bras, pompes à bras et à levier, ponceau...).
- Se souvenir du passé ferroviaire du site. Faire cohabiter les jardins privatifs et le domaine public. La promenade, le long de la rue du chemin de fer, doit être en interaction avec les jardins, en ouvrant des points de vue, dans le respect de la tranquillité des jardiniers.

Offrir au quartier un espace de partage et de convivialité
Renforcer la dimension conviviale du projet en créant une parcelle collective, gérée par les commanditaires. Ce lieu permettrait d’y organiser des animations et manifestations festives et culturelles favorisant le lien social. Imaginer un aménagement paysager.

Concertation et co-construction
Le choix de travailler avec Quand même s’appuie sur le fait que les artistes définissent leurs projets en fonction des rencontres et décisions prises avec les futurs usagers des espaces d’intervention. Dans cette optique, il est souhaitable d’associer les jardiniers à la mise en œuvre.

Respect de l’environnement
Dans la mesure où le collectif a pour ambition de sensibiliser jardiniers et promeneurs au respect de l’environnement (adoption progressive de méthodes de culture écologiques), de manière générale, l’ensemble du projet doit se faire en accord avec la construction vernaculaire des jardins (autoconstruction, remploi, matériaux durables).

Les aménagements entrepris par la municipalité

Les élus de la Ville de Tours ont entendu les demandes du collectif et des habitants en général, avec en premier lieu, sécuriser l’étroite rue du chemin de fer. La Ville a ainsi réalisé un cheminement le long de la rue, séparé d’elle par une bande plantée d’arbustes fruitiers. La balade permet d’avoir une vue sur les jardins et favorise les déplacements des piétons, fauteuils roulants et poussettes, ainsi que des vélos.
Enfin, pour faciliter le travail de Quand même, la municipalité aide les jardiniers à démonter les anciennes cabanes, à arracher les plantes et arbres invasifs ou indésirés, installe l’arrivée d’eau et apporte de la terre de remblai. _ Sur l’ensemble du projet, les artistes et la Ville travaillent main dans la main pour une mise en œuvre efficace et coordonnée.

Le projet de quand même

Redonner du sens aux objets devient primordial pour tous les acteurs confrontés aux mutations profondes que connaît notre environnement. La qualité d’un objet tient désormais à sa signification et non plus à son seul usage.
Les artistes de Quand même ont pensé leur projet dans sa relation générale au passé ferroviaire et à la construction vernaculaire des jardins, tout en maintenant un niveau d’exigence quant aux usages, leurs potentielles évolutions et la permanence d’une activité qui doit trouver un équilibre entre tradition et souci écologique.
En relation avec les travaux entrepris par la Ville, le projet de Quand même se concentre sur deux aspects : concevoir les cabanes pour et avec les jardiniers, imaginer la parcelle partagée.

Des cabanes personnalisées

Comme les jardiniers ont pour consigne de faire tomber leurs anciennes cabanes, qu’ils avaient bricolées à partir de matériaux de récupérations, les artistes leurs proposent un module de base en métal et en bois semblable au profile d’une maison mais dont il manque une partie. Les jardiniers peuvent personnaliser ou customiser à l’aide d’éléments sauvegardés de leurs anciennes cabanes et « finir » la maison, en y faisant une terrasse ou une serre, la fermer en partie seulement...
Ces micro-architectures reprennent des matériaux familiers des jardiniers anciens cheminots : l’acier et le bois brut. Les lames d’acier faciles d’entretien et résistantes aux intempéries permettent d’y laisser poussant des plantes grimpantes ou d’y accrocher des outils.
Les artistes ont su trouver le bon compromis entre la demande municipale d’abris de qualité, et la volonté des commanditaires d’éviter la standardisation, qui donne souvent un aspect monotone aux jardins familiaux.

La parcelle Saint-Lazare : une rocaille contemporaine

Aménager la parcelle gérée par le collectif d’habitants a suscité de nombreuses discussions.
Au final, les commanditaires n’ont pas besoin d’artistes pour organiser cet espace ; ils ont d’ailleurs, depuis un an, fabriqué une cabane, planté un talus et un potager, dégagé des débris, éclairci le grand laurier... En revanche, ils ont besoin d’eux pour imaginer et développer des usages. Quand même a alors proposé de créer des espaces et de faire appel aux savoir-faire des commanditaires, avec un projet à la fois sculptural, paysager, pratique et participatif, tout en s’appuyant sur l’histoire du site qui donne leur identité aux jardins.
Ils interviennent sur la partie nord de la parcelle, la partie publique et la plus visible de la rue. Un paysage métallique, minéral et brûlé distribue un menhir à l’accueil, une clôture accidentée, un four à pain avec une haute cheminée et des espaces de circulation ou de repos, le tout dans un aspect chaotique, tellurique, une friche post-apolcalyptique grignotée par la végétation.