Le Geste Exilé
Pascale Houbin


IMAGES :

À propos de l'artiste :


Lieu

Rennes, Ille-et-Vilaine

Date

2011 > 2015

Les commanditaires

Les membres de Travesías :
Chantal BIDEAU, directrice de Travesías, commissaire indépendante
Fatima ROJAS, présidente de Travesías
Marie-Léonie KINGANSI, présidente de l’association Angola Congo Bretagne coordonnant le Collectif de soutien à l’appel des femmes du Kivu (est de la République démocratique du Congo) pour la Paix
Anne MORILLON, sociologue, membre de Topic, Collectif de recherche et d’intervention en sciences humaines et sociales, coauteur de Histoire de l’immigration en Bretagne, Le Temps Éditeur, 2011
Catherine BERRANGER, secrétaire de Travesías, lectrice-correctrice

Médiation

Éric Foucault

Partenaires

Fondation de France, Fondation Daniel et Nina Carasso, ville de Rennes (CUCS)

Le contexte de la commande

L’association Travesías a pour but d’établir, à partir de la Bretagne, un réseau d’accueil international de création et d’échanges pour les artistes, les théoriciens et les écrivains. Elle souhaite favoriser une participation active des publics potentiels par des interventions dans des espaces ouverts au plus grand nombre. Avec comme ligne directrice le passage du local au global, l’association a développé des actions poético-politiques dans la région rennaise, dont certaines ont donné lieu à des publications : À quoi rêvent les princesses au foyer Guy-Houist, avec des enfants de demandeurs d’asile ; Costuras urbanas (coutures urbaines) avec des artistes argentines, mettant en parallèle l’accès à la culture et l’accès à la santé ; La langue du Breil dans le quartier Beauregard ; A vuelo de chancho à Brest avec le poète Sergio Raimondi ; Les Poèmes dans la marmite, avec les habitants du quartier Nord-Saint-Martin ; Promenons-nous dans les bois avec les femmes de la prison de Rennes.

La commande

Travesías travaille depuis quatre ans sur les récits de grands-mères – immigrées pour une grande part d’entre elles –, tissant petit à petit un réseau de grands-mères en Bretagne. L’intention de Travesías est de créer une œuvre d’art autour de la question de la transmission intergénérationnelle chez des femmes d’origine étrangère ou d’une autre région de France. Ayant immigré en Bretagne dans les années 1960- 1980 pour suivre leur mari, pour échapper à la répression politique ou par choix personnel, elles sont aujourd’hui grands-mères, coupées de leurs racines pour beaucoup d’entre elles. Leurs enfants ont été élevés dans une autre culture. Que peuvent-elles transmettre à leurs petits-enfants comme souvenirs de leur propre enfance ? Leur situation fait également écho à ce qui s’est passé en Bretagne : la rupture avec la langue qui a empêché des grands-parents bretonnants de communiquer avec leurs petits-enfants.

Pensant qu’un artiste serait à même de faire surgir ces souvenirs, les commanditaires se sont tournées vers Eternal Network, médiateur agréé de la Fondation de France pour l’action Nouveaux commanditaires, pour les accompagner dans leur projet. Eternal Network leur a proposé de travailler avec la chorégraphe Pascale Houbin qui, depuis une vingtaine d’années, a mis la langue des signes au cœur de sa démarche, transfigurant le geste au-delà des mots.

Le projet

FAIRE RESSURGIR LES GESTES ENFOUIS DANS LE CORPS

Devant la potentielle barrière de la langue entre les aînées et les petits, Pascale Houbin a proposé de réaliser un film sur la transmission des gestes, vecteurs de cultures, de traditions, de savoir‐faire, mais aussi tout simplement d’actions quotidiennes. « Le fil rouge du projet se situe dans le corps en mouvement et plus particulièrement dans les mains. [...] Le Geste exilé sera un témoignage poétique de ce déroulé infini des gestes quotidiens – gestes qui, pleinement habités par les grands, vont se transmettre aux petits ; gestes qui, riches d’humanité, font accéder à un espace relationnel. Le geste est à la fois une imitation et une initiation. » (extraits de la note d’intention de Pascale Houbin, 2012)

UNE HISTOIRE QUI S’ÉCRIT DANS LE TEMPS

De la première rencontre entre Pascale Houbin et les commanditaires en septembre 2011 à la dernière séance de tournage en avril 2014, de nombreux moments privilégiés ont ponctué le projet : des goûters où l’on commence à évoquer les gestes hérités des grands‐parents, des ateliers pendant lesquels on essaie de donner corps à ces gestes, des mises en scène avec les enfants et petits-enfants, des repas, des sorties, des fous rires... Le temps pour s’apprivoiser les uns les autres, pour se confier, pour donner à son corps l’aisance nécessaire à l’émancipation des gestes ; ce temps est une composante essentielle du projet.

DES PAROLES VISUELLES

Depuis plus de dix ans, Pascale Houbin collectionne des gestes, ceux des métiers en particulier. Elle les filme « à blanc », c’est‐à‐dire sans les outils, sans les matières. La précision des gestes conserve la connaissance, l’histoire que les mains transmettent. Quand l’artiste filme les grand-mères, leurs mains, leur visage, leur parole, des anecdotes personnelles nous parviennent, qui pourtant pourraient être les nôtres. Elles transmettent alors, par empathie, leur liberté, leurs joies, leurs inquiétudes aussi. Car si le film retranscrit le parcours singulier de chaque grand-mère, l’émancipation dont elles témoignent renvoie aux soumissions quotidiennes, voire tragiques, de celles qui sont restées au pays.

Équipe de réalisation pour la vidéo
Réalisation : Pascale Houbin
Image : Dominique Alisé
Son : Alberto Crespo
Montage : Emmanuelle Baude
Musique : Michel Musseau