La Patate chaude
Nicolas Floc'h

Lieu

les jardins du Breil, Rennes, Ille-et-Vilaine

Dates

2012

Commanditaires

Patrick Blot, directeur de l’association EPI (Entreprise Pour l’Insertion), Claire Hélies, chef de chantier des jardins du Breil, Gwénaëlle André, encadrante sociale de l’association EPI, Sylvain Porteu, jardinier, Frédéric Puichaud, jardinier, Dominique David, jardinier.

Médiation

Anastassia Makridou-Bretonneau

Partenaires

Fondation de France, ville de Rennes / Rennes-Métropole, conseil régional de Bretagne, conseil général d’Ille-et-Vilaine, EPI - les jardins du breil, Fondation d’entreprise KPMG

La commande

L’association EPI (Entreprise Pour l’Insertion), créée en juin 1992, permet à des personnes en grande difficulté sociale, de retrouver un emploi et de construire un projet personnel. L’une des activités professionnelles proposées au sein de cette structure est un chantier d’insertion par la production de légumes biologiques, les jardins du Breil.

Les jardins du Breil sont un lieu d’accueil et d’échanges. Ils favorisent, par le travail de la terre et le maraîchage, le réapprentissage d’une activité de production et facilite l’accès au marché de l’emploi. Ils croisent des logiques d’action à la fois sociale, éducative, professionnelle, mais aussi territoriale, citoyenne et environnementale.

Convaincus que l’art peut contribuer au cheminement vers la réinsertion professionnelle de personnes en difficulté, les commanditaires souhaitent introduire une dimension artistique dans l’espace spécifique des jardins du Breil. La commande qui porte sur une requalification des lieux à travers l’amélioration de la qualité de l’accueil, concerne des problèmes d’orientations et de repères.

Le site qui se compose d’un bâtiment accueillant les fonctions administratives et l’atelier, ne dispose pas d’une signalétique suffisante. Les nouveaux arrivants se trouvent confrontés à un problème d’orientation accentué pour certains d’entre eux par leur analphabétisme. Les jardiniers disposent pour le moment d’une salle aux dimensions insuffisantes qu’ils partagent avec une autre association.

Les commanditaires désirent la création un lieu de convivialité, de sociabilité et de repos où l’ensemble des jardiniers pourraient se retrouver, hiver comme été. Ils souhaitent impliquer les jardiniers qui le désireraient dans la mise en œuvre du projet. À l’image « du cocon », servant également d’abri et de refuge par temps de pluie ou de soleil trop fort, cet espace devra être accueillant, rassurant et respecter l’environnement.

L’œuvre

« Je suis parti d’éléments simples. J’ai immédiatement écarté l’idée d’un objet ou d’un espace trop démonstratif ou qui serait en décalage avec le site. Il était pour moi important de venir m’intégrer au site et de ne pas proposer un objet d’artiste technologique ou avec des matériaux trop précieux qui créeraient une rupture visuelle. Le site appartenant à la ville de Rennes, je devais également penser à un élément potentiellement déplaçable.

Je travaille actuellement sur un site troglodytique en Touraine. Ce site est à l’image du cocon étant creusé dans la roche. J’ai également là-bas une grande cheminée dans laquelle je cuisine régulièrement. Quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, je faisais cuire des patates dans du papier aluminium à la braise. J’utilise régulièrement l’aluminium dans mon travail. Je me suis dit alors que la feuille d’aluminium entourant la patate pouvait être un abri, la structure de protection extérieure et que la patate avait la forme du cocon. La patate étant un légume avec une forme à la fois imprévue et élégante, je me suis dit que cette forme s’intègrerait bien à l’espace des jardins. Je tenais également à conserver cette idée de convivialité des patates au feu, à la braise, ce moment partagé entre amis. Souvent, dans mon travail, je déplace la fonction première d’un objet par un léger glissement. J’ai donc voulu garder l’idée du feu, de la chaleur dans l’image de la patate. Puisque le feu ne pouvait être autour, je me suis dit qu’il serait dedans. J’ai donc placé dans cet espace un foyer dont le tuyau sort de la patate, d’où le titre : "La Patate chaude ".

La patate est posée dans le champ. Elle apparaît comme un objet naturel dans ce contexte mais elle est hors d’échelle. Elle mesure 9 mètres de long par 4 mètres de large et 3,80 mètres de haut. Elle est couleur terre comme si elle était tout juste récoltée. Lorsqu’on arrive du parking, on ne voit aucune ouverture, juste le tuyau de poêle qui sort de la patate. L’entrée vitrée se trouve à l’est et l’ouverture vitrée arrondie est au sud de manière à ce que la lumière puisse en permanence pénétrer dans l’espace. La structure est en béton allégé et isolant. Le sol est plan mais toutes les autres surfaces sont organiques, sans angles droits. Quelques marches permettent de pénétrer dans l’espace. Une baie vitrée protège l’entrée. Au milieu de l’espace, vers le fond, un poêle traverse l’espace. Tout autour de ce foyer pouvant pivoter sur 360° une banquette a été aménagée dans la masse le long des murs. Cette banquette se poursuit du côté nord jusqu’à l’entrée. Une grande table et des tabourets sont situés également du côté nord le long de la banquette. Côté sud, une cuisine comprenant un frigo, un évier, un plan de travail, une plaque de cuisson et des rangements sont implantés le long du mur. Près de l’entrée, une petite pièce arrondie reçoit les toilettes. Les murs et le sol peuvent être en béton coloré ou recouverts de petite mosaïque. Le revêtement permettra un entretien facile cependant l’intérieur aura un aspect beaucoup plus net ou « précieux » que l’extérieur. L’extérieur doit rester brut, et il doit y avoir un contraste avec l’intérieur qui sera à la fois chaleureux et confortable ».

extrait du texte de l’étude de Nicolas Floc’h

reportage sur le travail de Nicolas Floc’h et sur la Patate chaude : site ARTE Creative