La maison où j’ai grandi à Plougonver
Claude Lévêque


IMAGES :

À propos de l'artiste :


Lieu

Plougonver, Côtes-d’Armor

Date

2007

Commanditaires

Jean Piolot, maire de Plougonver, ainsi que des habitants de la commune, membres du conseil municipal et de l’association Art et Culture

Médiation

Anastassia Makridou-Bretonneau

Partenaires

Fondation de France, ministère de la Culture et de la Communication (fonds de la commande publique), conseil régional de Bretagne, conseil général des Côtes-d’Armor, commune de Plougonver, CAUE 22

La commande

La commune de Plougonver (3600 hectares, 750 habitants) souhaite répondre au problème majeur qu’elle rencontre, la désertification rurale, en valorisant son image pour attirer de nouveaux habitants et conserver les infrastructures et services existants. Entre autres actions pour dynamiser la commune, une série de commandes en art contemporain* a été initiée. L’une d’entre elles concerne une petite maison qui se trouve enclavée aujourd’hui au centre d’un lotissement en construction. Cette maison des anciens fait partie de l’histoire du village ayant servi de refuge aux plus démunis en fin de vie. Les commanditaires ont souhaité non seulement la conserver mais aussi faire perdurer, grâce à une intervention artistique, la mémoire qu’elle cristallise.

* Deux autres commandes ont été initiées à Plougonver, In girum imus nocte et consumimur igni de Didier Fiuza Faustino et La Place Jean Coz - Jean the cow Square de Jasper Morrison, Andreas Brandolini et Fabrice Domercq.

L’œuvre

Claude Lévêque a voulu s’approprier d’emblée ce lieu intitulant son projet La maison où j’ai grandi à Plougonver. La référence à la chanson de Françoise Hardy suggère l’idée d’une mélodie qui éveille instantanément l’émotion. La maison devient l’endroit où chacun d’entre nous aurait pu grandir ou se réfugier, le théâtre fictif de vies passées ou à venir. Le titre non seulement ouvre à des nouvelles voies d’appropriation, mais il renverse aussi le temps : la fin cède sa place au commencement, la vieillesse à l’enfance.

Dans La maison où j’ai grandi à Plougonver, on retrouve un certain nombre d’éléments qui sont déjà très présents dans le langage artistique de Claude Lévêque, ce qu’il appelle lui-même des « motifs » : la transparence, le reflet, la lumière, l’ombre. Un quatuor qui permet de (ré)créer autrement l’espace. L’habitation est mise à nu. Les matériaux traditionnels du toit et des ouvertures étant remplacés par le verre, nous bénéficions d’une vue panoptique de son unique pièce. Notre regard y accède par les fenêtres mais aussi par le toit/verrière, par une position dominante à laquelle nous conduisent des escaliers extérieurs. Nous pouvons la regarder mais pas y pénétrer. La maison est désormais un objet visuel, son espace physique est devenu un espace-image, un écran pour l’imaginaire. Elle dévoile un monde austère en noir et blanc qui abrite l’évocation d’un mobilier, une table, des chaises. La mélancolie contenue de cet univers s’illumine la nuit : une lumière blanche balaie les formes à l’intérieur y dessinant un jeu énigmatique d’ombres tandis que la lumière irréelle du sodium transforme la maison en source lumineuse pour tous les environs.

L’œuvre de Claude Lévêque pour Plougonver restitue une mémoire collective locale dans sa vérité complexe, tel le jeu d’ombres et de lumières, et contribue à sa transmission par la réanimation affective d’idées et de valeurs nécessaires autant hier qu’aujourd’hui. Dans un voisinage direct avec les nouvelles habitations à loyer modéré, elle lui redonne une place centrale, littéralement et symboliquement. Mais si l’œuvre semble contenir et véhiculer des histoires, comme une musique fredonnée, celles-ci n’ont plus d’âge ni d’origine, elles appartiennent autant au passé qu’au présent, elles sont d’ici et d’ailleurs.