la galerie des bulles
Sammy Engramer


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Lieu

Maison d’Accueil Spécialisée Les Romans.
6 rue Roger Tarjon, 49400 Saint-Hilaire Saint-Florent.

Date

Initiée en 2016. Inauguration le 6 octobre 2017 à 15h30.

Commanditaires

Des membres du personnel de la MAS les Romans : Magali Beaumont (ergothérapeute), Sébastien Jauneau (aide médico-psychologique), Claudie Leroux (ME), Janique Métayer (aide médico-psychologique), Florence Perrot-Gourcy (chef de service), Frédéric Poignant (directeur), Martine Tharreau (infirmière), Sandra Weiss (animatrice).

Partenaires

Fondation de France et association Les Récollets La Tremblaye.

Médiation

Éric Foucault (Eternal Network), médiateur agréé.

Le contexte de la commande

L’établissement

La Maison d’Accueil Spécialisée Les Romans est implantée sur les hauts de Saint-Hilaire Saint-Florent, commune associée à la ville de Saumur (49). Cet espace de 3 500 m² forme un ensemble moderne, spacieux et fonctionnel, agréable et lumineux.

Les Romans accueille des adultes polyhandicapées, à partir de 20 ans et sans limite d’âge, qui n’ont pu acquérir une autonomie suffisante et dont l’état de santé requiert un accompagnement de proximité et des soins constants. Les résidents de l’établissement, très dépendants, sont accompagnés pour tous les actes de la vie quotidienne et stimulés en permanence pour maintenir leur autonomie, voire la développer et «  activer  » leurs sens. Ainsi, chaque moment partagé peut leur apporter des sensations de bien-être et de plaisir.

Le bâtiment est situé au centre d’un parc engazonné et semi boisé, clos. Les locaux se distribuent en fonction des six unités de vie qui forment les pôles de la maison.

Deux autres unités seront construites en 2019.

Le contexte

À l’origine, la MAS est constituée de 4 unités. Un couloir circulaire dessert les unités de vie et les différentes salles de l’établissement. Une extension de deux unités a ouvert en octobre 2016, pour accueillir deux groupes d’adultes. L’ancien établissement est donc à présent relié à cette extension par un petit hall d’entrée, prolongé par un couloir de 15 m x 2 m. Carrefour entre les deux bâtiments, celui-ci est traversé par l’ensemble des salariés et des résidents. Fonctionnel, ce couloir fait le lien, mais suffit-il pour créer la continuité et l’unité  ? Il y a de multiples raisons professionnelles pour le traverser. Mais avoir plaisir à traverser ce couloir, avec ou sans raison, peut se faire si l’on sort de l’aspect fonctionnel du lieu. Si l’on y introduit de l’art, auquel chacun a droit et doit avoir accès, cela doit participer à amarrer ce nouveau bâtiment, à créer le fil conducteur et à apporter la continuité recherchée.

La commande

L’œuvre doit s’appuyer sur le lien avec la littérature, symbole de l’unité et de l’identité de l’établissement. Chaque unité de vie porte le nom d’un écrivain : Alexandre Dumas, François Rabelais, Marcel Pagnol...

L’œuvre doit être une intervention colorée, incluant éventuellement du relief.

Comme elle s’adresse à des personnes polyhandicapées, quelques critères sont incontournables et spécifiques aux résidents : matériaux solides, passage des fauteuils et verticalisateurs, comportement des résidents qui aiment toucher, sentir, gratter, etc.

Le couloir est introduit par un sas de forme carrée. Il pourrait permettre de faire une pause dans la balade, avec un système d’assise.

Comme l’objectif du couloir – et donc de l’œuvre – est d’amarrer l’ancien établissement au nouveau bâtiment, l’œuvre pourrait déborder du couloir avec des amorces qui inviteraient à l’emprunter. Et pourquoi pas des échos de l’œuvre ailleurs dans le reste de la MAS.

Une procédure de concertation innovante

La concertation est au cœur de tous les projets de la MAS Les Romans. La direction et les salariés se réunissent régulièrement pour faciliter le quotidien et prendre des décisions. C’est tout naturellement que l’action Nouveaux commanditaires de la Fondation de France leur a semblé faite pour eux.

Le choix de l’artiste

Le directeur d’Eternal Network, Éric Foucault, médiateur agréé par la Fondation de France, a proposé de confier cette commande à l’artiste Sammy Engramer. Son travail s’appuie principalement sur la construction du langage, le sens ayant autant d’importance que la forme. Il a développé tout un vocabulaire de motifs à partir de la bulle de bande dessinée, déclinant tour à tour des lapsus, des rébus, des jeux de mots visuels..., avec un style coloré affirmé et vivifiant.

Si la littérature est au cœur de la MAS Les Romans, la bande dessinée est un genre littéraire qui a cette capacité de s’adresser aux personnes qui ne savent pas lire, avec une approche ludique et une interaction entre la forme et le langage.

L’œuvre

« Je me suis imprégné du lieu, afin de comprendre la logique de fonctionnement du site. En interrogeant le personnel soignant, je me suis rendu compte des différents degrés de handicap. Au final chaque résidant a un handicap qui dessine un caractère particulier, une singularité à part et originale. Si dans la vie courante nous faisons tous des efforts pour nous identifier les uns aux autres et quelque part nous ressembler, il semble au contraire que ce ne soit pas le problème avec les sujets handicapés logeant aux Romans. De ce point de vue, ils sont à l’image des artistes qui tentent justement d’incarner des individus singuliers et originaux. »

Sammy Engramer propose de faire du couloir une véritable galerie de portraits, comme cela se faisait dans les châteaux. Chaque portrait est un entrelac de bulles de bande dessinée et une immersion dans la couleur. Partant de l’expression « être dans sa bulle », c’est bien de la complexité de l’être humain dont il est question dans ces enchevêtrements de bulles. Pensive, colérique, discursive, catégorique, chacune est le reflet de nous-mêmes. Mais ces associations de bulles-personnages représentent aussi ce qui caractérise Les Romans : entourer, envelopper, prendre soin de l’autre, combien même la communication demeure incertaine.

Comme souvent dans le travail de Sammy Engramer, la simplicité de la proposition artistique invite à de multiples interprétations, laissant libre court à chacun de se raconter son propre récit. Car si ces bulles, en apparence, ne disent rien, leurs formes correspondent à nos humeurs et à notre manière de nous adresser à l’autre ou à soi-même : à nous d’en inventer le contenu.

Et comme les commanditaires avaient insisté sur une œuvre colorée, on peut dire que Sammy Engramer assume la couleur. Tranchant avec les habitudes des décorateurs d’intérieur, il n’hésite pas à associer des teintes dissonantes ou à composer avec des camaïeux qui tantôt se répondent, tantôt entrent en collision.

Quand on les regarde côte à côte, on voit des formes qui se mettent à danser, qui s’émancipent des murs, une gaité enfantine, comme les notes claquantes et joyeuses d’un xylophone. Et si Sammy Engramer a bien étudié les espaces d’intervention, c’est pour mieux s’en extirper. En effet, les couleurs contrastent fortement avec les tonalités grises et sourdes des murs et des sols. Quant aux formes arrondies, elles s’émancipent des murs et dialoguent avec la rectitude des carrelages et des mains courantes, le rythme des fenêtres, les espaces quadrangulaires…

Enfin, la force de cette proposition, c’est la contamination de l’œuvre dans l’ensemble de l’établissement, allant des unités aux bureaux, jusqu’aux blouses portées par le personnel. Les bulles se déclinent en lampe, en panneau de liège, en banquette, en écussons, en tableau à craie, associant utilité et esthétique.

Ces belles ponctuations de bulles génèrent spontanéité et joie ; elles viennent irradier l’espace avec la volonté de stimuler les sens des résidents, mais aussi d’accompagner les déplacements du personnel et des visiteurs. Elles offrent un aspect plus familier à un lieu forcément médicalisé.