L’Éveil
Sarkis

Lieu

Prieuré de Saint-Jean-du-Grais, Azay-sur-Cher, Indre-et-Loire
pour visiter > site du Prieuré Saint-Jean-du-Grais

Date

2004

Commanditaires

association "Les Amis du prieuré de Saint-Jean-du-Grais"

Partenaires

Fondation de France, DRAC Centre, conseil régional du Centre, conseil général d’Indre-et-Loire, Crédit Agricole de la Touraine et du Poitou et fondation du Crédit Agricole "Pays de France"

La commande

Créée en 1999, l’association "Les amis du Prieuré de Saint-Jean-du-Grais" a pour objectif la protection et la mise en valeur de ce monument historique, propriété privée de MM. Darrasse. Les commanditaires ont souhaité révéler l’histoire du site et faire connaître ses origines grâce à l’intervention d’un artiste susceptible de porter un regard sensible et imaginatif sur le lieu.

L’œuvre

Le projet matérialise l’idée de l’éveil à travers une série d’installations qui entrent en résonnance avec l’achitecture du monument et de sa mémoire. Car comme toujours chez Sarkis, l’Éveil renvoie à d’autres lieux, à d’autres parties d’une histoire que rien aujourd’hui n’aurait laissé supposer.

Des interventions de Sarkis émergent toujours l’espace d’un dialogue entre le passé et le présent où la pensée semble affronter les blessures de ce monde. Le Prieuré de Saint-Jean-du-Grais suscita d’emblée son intérêt : « D’habitude, les artistes contemporains travaillent dans des lieux sans souci, sans blessure, très souvent sans mémoire, comme les musées, les centres d’art contemporain, les galeries… Ou bien, ils répondent à des commandes publiques dans des lieux neufs ou rénovés. Une œuvre est très rarement demandée dans un lieu comme le Prieuré. Un lieu en attente de sa mémoire et de ses zones disparues ».

Trente-neuf vitraux monochromes introduisent à chaque espace grâce à une couleur déclinée en autant de nuances que le nombre des ouvertures. Chacune symbolise un état physique et mental et suggère les anciennes fonctions des lieux : rouge pour la salle capitulaire et la chaire du lecteur, jaune pour le réfectoire, bleu pour le dortoir. Sarkis a créé cet ordonnancement des couleurs en suivant la Règle de Saint-Benoît qui soumettait les religieux au silence ; les seuls endroits où l’on pouvait prendre la parole étaient la chair du lecteur et la salle du chapitre, matérialisés ici par le rouge.
Chaque vitrail porte le nom d’une ville : Mayence, Regensburg, Vienne, Constantinople, Tripoli, Beyrouth, Bagdad, Le Caire, Gaza, Jérusalem… Une véritable cartographie se dessine à partir de ces lumières-couleurs et de ces lieux lointains, évocation de cette part invisible mais bien réelle de l’histoire du Prieuré liée aux croisades. L’histoire personnelle de Sarkis (Turc d’origine arménienne et vivant en France) rencontre celle du prieuré, renvoyant au déplacement, à l’ailleurs, entre cités de pèlerinage, de croisade, de colonisation et villes martyres ou berceaux de civilisations et de religions.

Comme pour les vitraux, vingt scultptures aux allures de vêtements rythment la charpente du dortoir portant la marque de l’histoire des Croisades. Chacun des vêtements conçus par Domenika Kaesdorf, suggère le songe d’un voyage et d’une rencontre entre les cultures. [En 2006, face à l’invasion des pigeons et chouettes, les commanditaires ont été forcés de déposer les vêtements qui sont entreposés dans les collections du Fonds National d’Art Contemporain]

La cloche, sculpture en cristal, reproduit fidélement une cloche déposée à l’église Saint-Urbain de Courçay et qui selon la légende était celle du Prieuré. Le silence de cet objet extraordinaire semble contenir tous les sons du monde. Car comme le dit Sarkis « C’est peut-être ce silence qui donne un caractère sacré et non religieux ».

collaboration :
les vitraux : Ateliers Duchemin
Vingt habits tiennent compagnie à vingt fenêtres : Domenika Kaesdorf
modèle réduit de la cloche : Olivier Juteau

édition : Sarkis à Saint Jean du Grais, éditions Ereme, coll. création et architecture, Paris, 2005, 96 p.