Maud Vareillaud-Bouzzine

Biographie sommaire :

Sur les deux axes d’un repère dont l’abscisse est la géographie et l’ordonnée représente le social, Maud Vareillaud-Bouzzine décide des points qui structurent son travail. Elle détermine son propre repère du plan en abordant poétiquement des questions d’ordre social par le biais d’images ou d’installations.

Le thème déjà retenu en 2009 dans Carnavage, tapisserie relevant de la sur-médiatisation des images des émeutes de 2005 dans la banlieue parisienne. Cet évènement a fait le tour du monde médiatique sans réellement donner l’information. Des clichés de destruction et de voitures brulées sont apparus dans les médias. C’est l’une de ces images de voiture en feu que l’artiste à reproduite en sequins (paillettes cousues) sur une toile de 1m85 sur 3m60. Ici, l’image perd ses dimensions et son contexte pour devenir un objet luxueux, séduisant. Sorte de déguisement permettant l’affront à la société, à ses règles et à ses codes établis, comme un déguisement dans la foule, le temps d’un carnaval. Maud Vareillaud-Bouzzine développe dans son travail un processus de ré-appropriation culturelle souvent traduit par un impact visuel et/ou sensoriel fort. Durant ces révoltesl’artiste a procédé à une accumulation de ces images formant ainsi une véritable banque dans laquelle il est possible de puiser à volonté. C’est l’interaction entre le point de départ et la transformation plastique qui compose différents niveaux de lecture : la scène de destruction se métamorphose en motif luxueux, en objet élégant.
Ses deux entités se retrouvent dans un autre axe important de sa démarche sur les modalités du développement urbain notamment dans les ZAC (zone d’aménagement concerté), ZFU (zone franche urbaine), ZRU (zone de redynamisation urbaine), ZUP (zone à urbaniser en priorité) et autres ZUS (zone urbaine sensible). A l’aide d’images, de maquettes, de découpages, Maud Vareillaud-Bouzzine entreprend de mettre en péril les repères urbains de la civilisation moderne et de tisser les liens entre cette géographie des grands ensembles et le rapport à la société qu’ils engendrent. Proche de zone dénuée de tout esthétisme, l’artiste utilise des matériaux dit nobles.
Dans Tours Gauguin, 1958-†2010, les deux immeubles aux lignes épurées et de forme parallélépipédique deviennent deux écrins de porcelaine blanche. Et avec la Prise de la Bastide, c’est l’image de la destruction d’immeubles de la banlieue de Limoges, qui remplace les chromos décoratifs (décors déposés sur la porcelaine) et travestissent 6 assiettes en porcelaine de la manufacture Raynaud. Les assiettes de la gamme « Marie Antoinette » sont cernées d’or, ce choix accentue le clinquant de l’objet raffiné. Les évènements historiques passent mais la porcelaine reste comme un objet précieux qu’il faut livrer de génération en génération.
La manière dont les habitants s’approprient le territoire a poussé l’artiste à se documenter sur les fondements de ces bâtis. Elle utilise comme point de départ les réaménagements d’anciennes ZUP de Blois et effectue des recherches sur les bâtiments disparus. Elle met en forme une carte en relief, presque un langage codé sous forme de maquette. #1 ZUP (Blois) dessine les plans originels de ces ensembles architecturaux. Des blocs de siporex (béton cellulaire) remplacent les immeubles qui s’installent verticalement sur le mur et évacuent toute notion d’habitation.
Les questions d’ordre social dictent la mise en place de la réalisation. Dans Sensible réalisé en 2012, l’artiste utilise un classement préétabli par l’ANRU (agence national de la rénovation urbaine) de ZUS de la région Centre. Elle redéfini ces zones et réalise une sérigraphie manuelle pour laquelle elle s’approprie les codes de graffeurs vandales des années 90. Clin d’œil aux affiches de contestation politique, les formes géographiques anguleuses chromées se découpent sur fond noir.
Ces vestiges architecturaux restreignent l’espace vital et surtout les libertés. Pourtant cet urbanisme a été défendu par des progressistes en tant que symbole de la réalité ouvrière. Les interactions sociales s’appuient sur plusieurs niveaux. Ce phénomène de développement prolétaire est spécifique à la France et sur une base architecturale identique se développe tout autrement ailleurs.
En 2009, Maud Vareillaud-Bouzzine participe à une résidence artistique au Brésil. Loin du décor idyllique des vacances au soleil, ses recherches s’effectuent à proximité de son lieu de travail. Tout autour, de grands immeubles en construction, des tours et des barres transforment la ville pour accueillir des habitants des classes moyennes, voire aisées. Le contexte historique n’étant pas le même qu’en Europe, le regard social sur ces constructions est valorisé. Après avoir réalisé une banque d’images sur ces architectures, elle s’en sert pour imprimer un dépliant de cartes postales, intitulé Bom beijo de São Paulo.
En travaillant par réappropriation, détournement, recontextualisation elle propose un regard engagé sur les conséquences du développement social dans un lieu donné. Point de rencontre entre l’abscisse et l’ordonnée, le travail de Maud Vareillaud-Bouzzine soumet un regard de notre mémoire collective face à l’urbanisation utopiste de masse. Son travail s’engage dans une transition mélancolique, entre la peur de l’oubli et celle de l’inconnu à venir.

Site web de l'artiste :

à venir

Projets effectués avec l'artiste :



Eternal Network

10 place Choiseul

37100 TOURS


06 72 53 71 34

09 73 63 17 05